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Assemblée nationale / Mission IA et culture : le rapport de Céline Calvez adopté avec ses 26 recommandations

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Par Damien Choppin
Actualité n° 350421 | Publié le 01 juil. 2026 12:00 | 894 mots
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Céline Calvez, rapporteure (EPR) de la mission d’information autour de l’usage de l’intelligence artificielle dans l’éducation et la culture, a émis 26 recommandations dans son rapport adopté mercredi 1er juillet par la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale. Cette mission d’information, présidée par Roger Chudeau (RN), a conduit 63 auditions, balayant des sujets ayant attrait à la création, à l’information, ou encore à la recherche et à l’école. L’ensemble des recommandations sont à retrouver sous cet article. 

« Les impacts protéiformes de l’IA sont d’ores et déjà massifs dans nombre de secteurs d’activité de la société. La culture et l’éducation, en particulier, sont en première ligne », écrit Céline Calvez en introduction de son rapport de 177 pages.

Concernant les filières du cinéma et de l’audiovisuel, Céline Calvez acte l’usage croissant d’outils d’IA dans ces secteurs. Elle encourage leur recours dans le cas où ils sont mis au service de la création, et non pour lui substituer. La rapporteure regrette cependant que les outils d’IA soient aujourd’hui dominés par une poignée de modèles américains et propose par conséquent de soutenir davantage le développement des IA françaises dans ce domaine. Dans le même temps, Céline Calvez suggère d’encourager et soutenir les initiatives du secteur visant à développer des outils pour détecter des contenus générés par l’IA.

Dans chaque secteur culturel, la rapporteure propose d’obliger les auteurs à déclarer leurs usages de l’IA, avec une perte de droits d’auteur en cas de fausse déclaration. Elle soumet aussi l’idée d’exclure les œuvres générées par IA des dispositifs d’aide à la création et des régimes fiscaux et sociaux dérogatoires. Une proposition dans la lignée du projet d’exclure ces œuvres des aides du CNC, annoncé par la ministre de la Culture lors du dernier Festival de Cannes (Satellifacts, 16 mai).

Plus largement, elle appelle à moduler les aides à la création en fonction de bonnes pratiques édictées par le ministère de la Culture et ses opérateurs. Pendant les travaux de la mission d’information, le ministère a déjà indiqué travailler à l’élaboration d’un cadre de référence ministériel pour l’instruction des aides à la création, qui devrait être finalisé durant l’été.

Céline Calvez estime également nécessaire d’inscrire deux dispositions dans la directive SMA, qui a vocation à être révisée (Satellifacts, 11 juin). D’abord, l’obligation pour les plateformes et réseaux sociaux de permettre aux utilisateurs de limiter ou refuser leur exposition aux contenus entièrement générés par IA. Puis, une autre mesure qui consiste à obliger les plateformes à mettre en avant, par leurs algorithmes, les contenus des médias d’information. Ces derniers doivent également être encouragés à mettre en place des chartes relatives aux usages de l’IA, accessibles facilement en ligne, propose la rapporteure.

La rapporteure estime également que le droit d’auteur est « bouleversé » par l’intelligence artificielle générative. Elle rappelle que les œuvres ont été « massivement pillées » afin d’entraîner les modèles d’IA.

A ce sujet, Céline Calvez constate la difficulté de faire appliquer les décisions d’opt-out, c’est-à-dire le choix des ayants droit de ne pas voir leurs contenus utilisés pour l’entraînement des modèles d’IA. Elle regrette que le projet de « registre européen de l’opt-out », annoncé par la Commission européenne en 2025, n’ait pour l’instant pas abouti. Elle recommande de finaliser sa création, ainsi que de confier la gestion de celui-ci à un tiers de confiance, qui sera aussi chargé de la vérification des données d’entraînement des fournisseurs d’IA.

Dans le rapport, la députée prend aussi la défense de la proposition de loi Darcos, votée en avril au Sénat, mais qui n’a pas pu être examinée à l’Assemblée (Satellifacts, 12 juin). Cette PPL vise à instaurer une présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle.

Céline Calvez exprime « ses doutes face aux positions de certains de ses collègues et d’organisations extérieures, qui ont estimé que la proposition de loi mettrait en péril les investissements dans l’IA en France, et pourrait contrevenir au droit de l’Union européenne ». Elle regrette que son effet soit surestimé par ses opposants. Elle appelle à poursuivre lexamen de la PPL et formule le vœu qu’elle puisse être « examinée par l’Assemblée nationale à l’automne 2026, en vue de son adoption définitive avant l’élection présidentielle de 2027 ». 

La rapporteure évoque également la proposition émise par Arthur Mensch, fondateur de Mistral AI, de créer une « contribution obligatoire » payée par les fournisseurs d’IA, pour financer la création, en contrepartie de la possibilité d’utiliser les contenus des ayants droit pour entraîner leurs modèles (Satellifacts, 20 mars). Elle indique être favorable à l’instauration d’une contribution forfaitaire des fournisseurs d’IA, mais qui n’empêcherait pas les ayants droit de faire respecter leurs droits de propriété intellectuelle. Elle propose un mécanisme de contribution dont le montant serait diminué pour les fournisseurs qui concluent des accords de licence avec les ayants droit, de façon à les inciter à en signer.

Céline Calvez s’attend à un lobbying du secteur pour éviter que cette proposition se concrétise. « Quand on arrive avec une idée de contribution, on ne va pas se faire jeter des pétales de rose », a admis la députée lors d’une conférence de presse relayée par l’AFP, tout en défendant la nécessité d’atténuer limpact de lIA sur le secteur culturel. « Si on ne fait pas attention, on va scier non pas une branche, mais la racine d’une industrie culturelle et créative qui représente en France 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires », a-t-elle argumenté.

Enfin, Céline Calvez propose aussi d’inscrire dans le code de la propriété intellectuelle l’impossibilité pour une œuvre entièrement générée par IA de bénéficier de la protection du droit d’auteur.

La liste des 26 recommandations :

Culture et création

1. Associer l’ensemble des opérateurs du ministère de la culture et les organisations représentatives des professionnels au futur observatoire de l’impact de l’IA sur les secteurs culturels (ministère de la culture).

2. Soutenir davantage le développement des IA françaises proposant des solutions techniques aux industries culturelles et créatives (ministère de la culture et opérateurs, et ministère chargé de la recherche).

3. Inscrire dans la directive SMA l’obligation pour les plateformes et les services de réseaux sociaux en ligne de permettre à leurs utilisateurs de limiter ou de refuser leur exposition à des contenus entièrement générés par IA.

4. Encourager et soutenir les initiatives sectorielles de développement d’outils de détection des contenus générés par IA.

5. Instaurer, au sein de chaque secteur culturel, l’obligation pour les auteurs de déclarer leurs usages de l’IA, avec perte de droits d’auteur en cas de fausse déclaration.

6. Exclure les contenus entièrement générés par IA du bénéfice des aides à la création et des régimes fiscaux et sociaux dérogatoires.

7. Moduler les aides à la création en fonction du respect des bonnes pratiques relatives à l’IA édictées par le ministère de la culture et ses opérateurs.

8. Porter la dotation du Fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) à un minimum de 17 millions d’euros en 2027.

9. Compléter l’article 1er de la loi du 1er août 1986 portant réforme du régime juridique de la presse afin d’y inscrire la nécessité d’une supervision humaine de la production de l’information des sites de presse. Finaliser au plus vite la liste des critères d’utilisation de l’IA par les sites de presse en vue de l’obtention d’un agrément de la CPPAP.

10. Encourager, au sein des entreprises de presse et des entreprises de communication audiovisuelle diffusant des programmes d’information, la négociation de chartes relatives aux usages de l’IA, facilement accessibles en ligne, avant d’éventuellement en faire une condition pour bénéficier des aides directes à la presse (ministère de la culture).

11. Inscrire dans la directive SMA, lors de sa prochaine révision, une obligation de mise en avant algorithmique, sur les plateformes, des contenus des médias d’information.

Droit d’auteur

12. Finaliser la création d’un registre européen de l’opt-out, que les fournisseurs d’IA devront obligatoirement utiliser pour identifier les réservations de droits.

13. Créer un tiers de confiance chargé de la gestion du futur registre européen de l’opt-out et de la vérification des données d’entraînement des fournisseurs d’IA, aux fins de veiller au respect des réservations de droits exercées par les ayants droit.

14. Poursuivre l’examen de la proposition de loi, adoptée par le Sénat, relative à l’instauration d’une présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle.

15. Étudier l’opportunité d’instaurer une contribution forfaitaire des fournisseurs de systèmes d’IA fléchée vers le financement de la création, destinée à rééquilibrer le partage de la valeur captée par les modèles d’IA au détriment des secteurs culturels, à soutenir les métiers affectés, et à inciter les fournisseurs d’IA à conclure des accords de licence.

16. Inscrire dans le code de la propriété intellectuelle l’impossibilité pour une œuvre entièrement générée par IA de bénéficier de la protection du droit d’auteur.

Education

17. Engager une réflexion sur la systématisation d’une formation de l’ensemble des membres du personnel des établissements scolaires, dont les AESH, à l’inclusion par l’IA.

18. Permettre l’utilisation pédagogique en classe d’outils d’IA générative par les élèves à partir de la 6ème, et envisager une utilisation encadrée dès le premier degré.

19. Intégrer explicitement les compétences relatives à l’IA dans les référentiels de compétences numériques, et en évaluer l’acquisition dans le cadre de la formation initiale des enseignants.

20. Rendre obligatoire la formation continue des enseignants à l’IA en procédant à une certification périodique de leurs compétences. À travers cette certification, reconnaître l’auto-formation et la formation entre pairs comme vecteurs de la formation continue à l’IA.

21. Accompagner le déploiement des parcours Pix spécifiques à l’IA d’une certification des compétences des élèves dans ce domaine

22. Instituer des modules obligatoires de formation à l’IA pour tous les étudiants, sur le modèle de ce qui se pratique dans le second degré.

23. Étudier les modalités d’un conditionnement de l’utilisation des comptes personnels de formation au suivi d’un module dédié à l’IA.

24. Consolider les données relatives aux dépenses consenties par l’État et les collectivités territoriales en matière d’IA en éducation.

25. Construire un référentiel de l’équipement en IA et, grâce à la commande publique, mettre à la disposition des élèves et des enseignants un « cartable IA » rassemblant des outils souverains certifiés.

26. Clarifier les compétences respectives de l’État et des collectivités territoriales en matière d’équipement des enseignants et des élèves en IA.